Il est incontestablement plus difficile de souscrire un crédit aujourd’hui - Octobre 2021

Bruno Rouleau, porte-parole d’In&Fi Crédits et président de l’Association professionnelle des intermédiaires en crédits (Apic), donne son sentiment sur le marché après les recommandations du HCSF.

Les recommandations du Haut conseil de stabilité financière (HCSF) ont-elles changé la donne en matière de crédit ?

Bruno Rouleau : Il est incontestablement plus difficile de souscrire un crédit aujourd’hui. Les critères d’octroi ont été bridés par le HCSF : rappelons que la durée maximale passe à 25 ans, sauf dans le neuf sous conditions, et le taux d’endettement maximal est fixé à 35%. C’est plus large que les 33% pratiqués jusqu’alors, mais d’un autre côté certains calculs, comme la méthode du différentiel, deviennent impossibles. A mon sens, cette motivation de protection des ménages contre eux-mêmes atteint ses limites, du fait de trois éléments. D’une part, les taux sont fixes ; d’autre part les prêts ne vont jamais jusqu’à leur terme : ils durent 8 ans en général environ ; enfin, le taux de défaillance est très faible. Mais l’impulsion des régulateurs internationaux a largement pesé dans ces recommandations.

Justement, dans un environnement macro-économique des plus incertains, quels sont les risques pour les prêts en France ?

B. R. : Pour l’emprunteur, aucun. Pour les banques, les discussions avec le HCSF doivent pousser à assainir le secteur. Or, les courtiers constatent qu’elles se concentrent bien souvent sur les mêmes clients, à savoir les cadres en CDI, qui gagnent plus de 5.000 euros. Le problème, c’est que cela génère une enveloppe de bilan qui se détériore et assèche le marché progressivement. L’autre point délicat est qu’avec les taux d’usure actuels, les banques se retrouvent coincées : elles sont poussées d’un côté à être plus sélectives, et d’un autre, sont bloquées par ces taux pour remonter leurs barèmes. Qui plus est, actuellement le taux de l’assurance emprunteur coûte plus cher que le crédit lui-même. La question de ces frais accessoires devient centrale.

Quel est votre sentiment sur l’évolution des taux de crédit dans les mois à venir ?

B. R. : l’économie mondiale est contrainte, ce qui laisse finalement peu de marges de manœuvre. Le risque systémique bancaire serait trop important en cas de forte hausse des taux, les banques seraient à terre. C’est pourquoi, tabler sur une hausse encadrée, contenue, ces prochains mois, ne semble pas un mauvais scénario. Sauf événement majeur, de type crise des subprimes comme en 2008, une hausse de 5 à 10 points de base est une fourchette raisonnable. Pour le moment, nous assistons à une période de stabilité, les banques restent très agressives. L’enjeu reste donc, à l’heure actuelle, de jouer sur la partie accessoire du crédit. Notamment négocier l’assurance.

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