Crédit immobilier : le coronavirus va-t-il faire remonter les taux ? - Mars 2020

Alors que les taux de crédit immobilier sont au plancher depuis plusieurs années, la crise mondiale due au coronavirus fait planer la menace d’une remontée. Que peut-on en dire aujourd’hui ?

Comme à peu près tous les secteurs, le crédit immobilier est bouleversé par la pandémie de Coronavirus.
Tout le monde vit dans la certitude que les banques centrales vont maintenir les taux bas et continuer de
faciliter le crédit immobilier. Et c’est chose faite : la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un imposant
programme d’urgence dans la nuit de mercredi à jeudi, en mettant sur la table une enveloppe de 750 milliards
d’euros pour acheter de la dette d’Etat et d’entreprises . L’impact a été rapide : le rendement des obligations
françaises à 10 ans (OAT 10 ans) est redescendu autour de 0,10 % ce jeudi matin pour remonter à 0,25 %
dans la journée, Mais c’est loin des 0,5 % de la veille.
Et il faut avoir en tête qu’en une semaine, l’OAT 10 ans a pris 60 points de base : de – 0,32 % au 12 mars,
il était passé à + 0,30 au 17 mars.
Profitant de la détente des taux suite à l’annonce de la BCE, l’Etat français a levé 7,44 milliards d’euros de dette
à moyen terme ce jeudi. « Désormais, les besoins étant satisfaits par de la création de liquidités par la BCE,
les spéculations sur la possible raréfaction de liquidité monétaire sont calmées, à défaut d’être évacuées.
On devrait donc voir les taux retourner dans des zones nulles ou négatives dans les prochains jours ou les
prochaines semaines », affirme Bruno Rouleau, président de l’Association professionnelle des intermédiaires
en crédit (APIC), qui représente plus de 50 % des courtiers en crédit.
Vers une hausse des taux de crédit immobilier ?
Mais l’importante volatilité de l’OAT 10 ans, qui est directement lié avec les taux de crédit immobilier fait
fortement craindre une remontée des taux de crédit immobilier.

« La forte hausse de l’OAT 10 ans depuis le début de la semaine et l’annonce du confinement, s’explique
notamment par les craintes de récession et de creusement du déficit public en lien avec l’épidémie de
Coronavirus. Il semblerait par ailleurs que les mesures annoncées par la BCE n’aient pas totalement rassuré
les investisseurs », analyse Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer. Mais il est actuellement difficile
d’évaluer l’impact de la hausse des taux d’emprunt d’Etat sur les taux de crédit « car le marché du crédit est
actuellement à l’arrêt, les banques n’accordant plus, pour la plupart, de nouveaux crédits », poursuit-elle.
Pour elle, « A ce jour il est difficile d’avoir de la visibilité sur l’évolution des taux ». L’impact sur les taux de
crédit « dépendra de la durée du confinement et de l’annonce de nouvelles mesures de la part de la BCE.
Si cette période se prolonge, cela pourrait se traduire par une chute des demandes de prêts sur plusieurs
semaines : dans ce contexte, les banques pourraient souhaiter maintenir des taux bas pour rattraper le retard,
quitte à rogner sur leurs marges pour relancer la machine », explique-t-elle.
La question de la stratégie commerciale des banques est également mise en avant par le président de l’Apic.
« Il est vrai que jusqu’ici, la hausse de l’OAT entraînait très souvent une pression sur les taux des crédits
immobiliers aux ménages. Mais le contexte est quelque peu différent dans le cas présent. Car l’évolution
de l’OAT est impactée par le sujet de l’endettement à venir de la France. Cette évolution tient aux réactions
de marché et à l’attractivité de la dette nationale. Les taux des crédits aux ménages répondent aussi à une
stratégie commerciale d’acquisition de clients. Car le raisonnement ces dernières années quant à la rentabilité
du crédit pour les banques intègre les éléments de rentabilité périphériques au crédit : assurance de prêt,
frais de dossier, commissionnement sur les garanties cautionnées, et surtout sur la vente additive de produits
et services bancaires », explique-t-il.
Les taux d’usure comme amortisseurs
Si hausse il y avait, elle serait également limitée par le dispositif de protection des consommateurs des taux
d’usure. Pour rappel, il s’agit du taux maximum légal que les établissements de crédit sont autorisés à pratiquer
lorsqu’ils accordent un crédit. Il varie en fonction du type de prêts et est fixé à la fin de chaque trimestre
pour le trimestre suivant par la Banque de France et publié au Journal officiel. Un prêt est ainsi considéré
comme usuraire lorsqu’il est consenti à un taux qui excède du tiers le taux effectif moyen pratiqué au cours
du trimestre précédent.
Ainsi pour Bruno Rouleau « le système de taux d’usure agit comme un amortisseur lors des hausses de
taux. Cette situation, très protectrice pour le consommateur, devient intenable pour le prêteur en cas de
retournement de marché car il y a mécaniquement un phénomène de plafonnement qui prive une répercussion
forte ».
En tout cas pour l’heure, « le vrai problème aujourd’hui n’est pas de se battre sur 10 centimes de taux de plus
ou moins mais bien de réussir à obtenir un crédit car les banques ne sont pas à ce stade dans leur immense
majorité capables de traiter les clients à distance », conclut Maël Bernier, directrice de la communication de
Meilleurtaux.
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