L’encadrement des loyers prolongé : ce qu’il faut savoir avant d’investir
ActualitésVous envisagez un investissement locatif dans une grande ville ? Vous avez repéré un bien, estimé un loyer, esquissé une rentabilité. Et voilà qu’une nouvelle vient rebattre les cartes : l’encadrement des loyers, qui devait prendre fin en novembre 2026, pourrait finalement être prolongé de deux ans. Faut-il y voir un obstacle, ou simplement un paramètre de plus à intégrer ? Voici une réflexion sur ce que cela change réellement pour votre projet.
Un dispositif qui devait s’éteindre (et qui va probablement durer)
Petit rappel de calendrier. L’encadrement des loyers, tel qu’expérimenté depuis 2019, repose sur la loi Elan de 2018 et devait s’éteindre le 24 novembre 2026. Mais le gouvernement soutient désormais une prolongation de deux ans. L’origine ? Une proposition de loi portée par le député Iñaki Echaniz, votée à l’Assemblée en décembre 2025 puis amendée pour maintenir le dispositif dans les seules communes qui l’appliquent déjà. Le texte doit être examiné au Sénat à la rentrée.
Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, pourtant réservé sur le principe, s’est dit favorable à prolonger les expérimentations en cours sans les étendre à de nouvelles communes. L’objectif affiché : éviter une « sortie sèche » en novembre, qui provoquerait une remontée brutale des loyers dans la soixantaine de villes concernées. Le ministre l’a dit sans détour : le sort du dispositif est un sujet politique, qui sera tranché lors de la présidentielle de 2027. Traduction pour vous : si vous investissez dans une commune encadrée, tablez sur un plafond maintenu au moins jusqu’en 2028 ; et sur une incertitude au-delà.
Comment fonctionne l’encadrement, concrètement
Le mécanisme est plus simple qu’il n’y paraît. Dans les zones tendues qui l’ont activé, le loyer d’un logement mis en location ne peut dépasser un loyer de référence majoré, fixé chaque année par arrêté préfectoral. Ce plafond correspond à 120 % du loyer médian observé pour une catégorie de logement, définie par sa localisation, son nombre de pièces, son époque de construction et son type de location (meublé ou vide). En clair : à surface et secteur donnés, il existe un loyer maximal que vous ne pouvez pas franchir.
Une seule échappatoire encadrée : le « complément de loyer », qui autorise à dépasser le plafond lorsque le logement présente des caractéristiques de confort exceptionnelles. Nous y reviendrons, car ce point mérite de la prudence. Le dispositif ne s’applique pas partout : il relève d’une démarche volontaire des collectivités. Une soixantaine de communes l’ont adopté à ce jour, parmi lesquelles Paris, Lyon et Villeurbanne, Lille, Bordeaux, Montpellier, plusieurs communes de Seine-Saint-Denis ou la métropole de Grenoble. À cela s’ajoute, dans toutes les zones tendues, un plafonnement des hausses à l’indice de référence des loyers (IRL) lors des relocations et renouvellements de bail. Un cadre distinct, mais qui limite lui aussi votre marge.
Concrètement, avant tout achat dans une commune concernée, un réflexe s’impose : vérifier le loyer de référence majoré applicable au bien visé. Il est consultable sur les cartes publiées par les préfectures et les observatoires locaux des loyers, selon le quartier, le nombre de pièces et le type de bail. C’est ce chiffre, et non le loyer espéré, qui doit servir de base à votre calcul de rentabilité.
Un plafond réel, mais plus modéré qu’on ne le croit
Que sait-on de son effet réel ? Une évaluation indépendante, publiée en mai 2026 par l’Institut des politiques publiques (IPP) et commandée par le gouvernement, apporte des réponses chiffrées et nuancées. Premier enseignement : la modération des loyers est bien réelle, mais mesurée, de l’ordre de 2 % à 4 % en moyenne, atteignant 5 % en fin de période, par rapport à des communes comparables non régulées. À Paris, l’Atelier parisien d’urbanisme estime l’économie moyenne pour un locataire à environ 85 euros par mois. Autrement dit, le plafond pèse, mais il ne casse pas la rentabilité d’un bon investissement : les loyers de référence suivent le marché, avec un cran de retenue.
Deuxième enseignement, plus surprenant : l’encadrement est loin d’être respecté à la lettre. Selon l’IPP, plus d’un tiers des baux récents affichent un loyer supérieur au plafond, une proportion qui dépasse même 40 % dans certains territoires franciliens ou à Bordeaux. En cause, un pilotage institutionnel fragmenté et un appareil statistique lacunaire qui rendent le contrôle difficile. Attention toutefois : cette relative tolérance se referme. Le croisement des données fiscales, via l’outil « Gérer mes biens immobiliers », donne progressivement à l’administration les moyens de suivre les loyers réels. L’époque du dépassement discret touche à sa fin.

Pour un bailleur, la leçon est double. Le plafond n’ampute pas des sommes considérables, car à l’échelle nationale, l’IPP chiffre le transfert des propriétaires vers les locataires à environ 600 millions d’euros par an, soit quelques dizaines d’euros mensuels par logement. Mais il fixe une règle du jeu qu’il vaut mieux intégrer dès le départ plutôt que de la découvrir après l’achat, au moment de fixer le premier loyer.
Les vrais points de vigilance pour votre projet
Pour un investisseur, trois points de vigilance sont à bien avoir en tête.
D’abord, le complément de loyer est juridiquement fragile. Ses critères, définis par la seule jurisprudence, restent flous, et le contentieux repose sur le locataire. Ne bâtissez pas votre rentabilité sur un complément que vous pourriez ne pas parvenir à défendre : traitez-le comme un bonus éventuel, jamais comme une hypothèse de base.
Ensuite, l’effet sur l’offre. L’IPP observe, dans certains territoires, une baisse du nombre d’annonces locatives, et rappelle que les effets sur l’offre et la mobilité tendent à s’accentuer avec la durée du dispositif. Or c’est précisément une prolongation qui se profile. Ce n’est pas un motif de renoncement, mais un paramètre à surveiller sur les marchés les plus tendus.
Enfin, la trajectoire politique reste ouverte. La redistribution opérée est mal ciblée. Elle profite parfois autant à des locataires aisés qu’aux ménages modestes, et elle a un coût pour les finances publiques (près d’un tiers de la baisse de loyers étant en réalité supporté par l’État via une moindre imposition). Il s’agit d’un instrument de court terme, à conditionner à des politiques plus structurelles – logement social, production neuve – plutôt qu’une solution pérenne.
Investir sous encadrement : déplacer le curseur de la rentabilité
Faut-il pour autant renoncer à investir dans une ville encadrée ? Non ! Quand le loyer est plafonné, le levier de rentabilité se déplace : il ne se joue plus sur le montant du loyer, mais sur les trois autres variables de l’équation.
- La première est le prix d’achat : dans un marché où les prix se sont ajustés, la négociation à l’acquisition redevient un vrai gisement de rendement. Le choix de la localisation compte tout autant : plusieurs grandes villes au marché locatif très tendu ne sont pas encadrées, et le périmètre restera inchangé puisque la prolongation envisagée n’ajoute aucune commune.
- La deuxième est la fiscalité : le choix du régime (location meublée, déficit foncier, statut adapté à votre situation) peut compenser une partie de la contrainte sur les loyers, sachant que l’encadrement s’applique aussi au meublé loué en résidence principale.
- La troisième, et sans doute la plus décisive aujourd’hui, est le coût du financement. C’est le seul paramètre que vous pouvez pleinement optimiser : un meilleur taux, une assurance emprunteur allégée grâce à la loi Lemoine, un dossier solide, et votre rentabilité nette se redresse, indépendamment du plafond de loyer.
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Sources : Institut des politiques publiques (Note IPP n°125, « L’encadrement des loyers : quels effets redistributifs ? », mai 2026) ; ministère de la Ville et du Logement (déclarations de Vincent Jeanbrun, Le Monde) ; proposition de loi Echaniz (AFP, juin 2026) ; Atelier parisien d’urbanisme (Apur) ; SeLoger.