Election de Donald Trump : inflation et influence sur le crédit

Tout d’abord il faut savoir que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ne constitue pas une révolution. Il ne sort jamais de révolution des urnes. Ainsi, sur le plan de la gouvernance, le Congrès (la Chambre des Représentants + le Sénat) contrôle et permet (ou pas) toutes les actions majeures du Président.

Sur le plan économique, pour faire court, le programme de Donald Trump prévoit une série de mesures destinées à booster la croissance à 4% contre 1,8% actuellement :

  • Une très importante baisse des impôts pour les ménages (pas d’impôts pour des ressources inférieures à 29 000 $ vs 7 800 $ actuellement) et les entreprises qui verraient leur impôt société passer de 30 % à 15%.
  • Une augmentation des taxes sur les produits importés avec une volonté de relocaliser les entreprises américaines sur le territoire national. Il a évoqué des droits de douanes de 45 % sur les produits chinois et de 35 % sur les produits mexicains.
  • Le lancement sur 10 ans d’un programme de grand travaux nationaux estimé à 1000 milliards de dollars (route, autoroutes, ponts, ports, tunnels, aéroports).

Ce programme, s’il est appliqué, est de nature à accélérer fortement l’inflation américaine qui est déjà mesurée en tendance haussière mesurée à 1,2%, son niveau le plus haut en 22 mois.

Une hausse des prix des biens et services quels qu’ils soient a toujours pour conséquence une hausse des besoins de financement pour les acquérir. La loi de l’offre et de la demande s’applique et aura pour corollaire une hausse des taux tant pour l’économie (entreprises et ménages) que pour les Etats emprunteurs pour financer leurs dettes.

Les banques centrales appliquent une politique monétaire caractérisée par la fourniture abondante de liquidités à taux hyper bas afin porter l’inflation au niveau des 2% qui serait une bonne norme pour l’économie. Cependant, l’inflation peut vite devenir incontrôlable. “L’inflation est comme le dentifrice, il est facile de la faire sortir du tube, très difficile de l’y remettre” expliquait ainsi Karl Otto Pöhl ancien président de la Deutsche Bundesbank.

“Les taux remonteront également en Europe”

Aussi, pour prévenir une telle perspective, les banques centrales seraient dans l’obligation de relever leurs taux et les volumes de liquidités prêtées. Déjà, la banque fédérale américaine envisage une hausse de ses taux. Une hausse plus significative qu’envisagée l’obligera à accentuer la hausse et, dès lors, les entreprises, les ménages et l’Etat américain emprunteront à des taux beaucoup plus élevés.

Sur le plan macro-financier, les investisseurs internationaux (fonds de pensions, hedgefonds, banques, assurances etc..) qui recherchent les meilleures rendements possibles seront majoritairement tentés d’acheter la dette américaine… Aujourd’hui la finance est mondiale et n’a pas de frontière. Aussi, si les fonds internationaux s’investissent massivement dans la dette américaine, l’Europe devra nécessairement relever ses taux si elle veut conserver ses flux de financement. C’est La Loi de l’offre et de la demande. Alors les taux remonteront également en Europe. Je ne parlerai pas ici des conséquences budgétaires pour les états qui financent leurs dettes et déficits à crédit.

L’inflation pénalisera les prêteurs à taux fixes qui ne seront pas prémunis contre l’inflation et les épargnants. Elle favorisera les prêteurs qui se sont sur-protégés contre l’inflation, les emprunteurs à taux fixe, les détenteurs d’actifs surtout immobilier (par opposition aux détenteurs de monnaie).

Notre conviction, c’est qu’emprunter aujourd’hui à taux fixe pour se loger ou investir dans l’immobilier constitue une extraordinaire protection face au péril d’une remontée très possible de l’inflation.

 

Par Pierre-Etienne Beuvelet, Directeur Général d’In&Fi Crédits