Edito : Evolution des crédits, quand les mauvaises explications ont la peau dure !

Je fais partie de ceux qui s’opposent formellement aux avis de ceux qui voient une corrélation peu ou prou directe entre les taux OAT et les taux immobiliers.

Ainsi, pour justifier cette corrélation, Meilleurtaux.com explique dans une publication sur son site que cette relation existe puisque le taux OAT (noté pour l’exemple à 0.89%) serait aussi celui du refinancement des banques à la BCE également noté à 0.89%.

Je tiens à contredire formellement cette explication donnée par un courtier dont l’avis, largement médiatisé sur ce point, participe activement à la diffusion d’une information infondée.

L’explication donnée est doublement fausse :

  • D’une part, le taux OAT n’est en aucun cas un taux de financement des crédits
  • D’autre part, le taux de refinancement des banques à la BCE est de 0.05% depuis septembre 2014 et pas 0.89%

 

Pour appréhender l’évolution des taux facturés par une banque, il faut connaitre le mécanisme de leur constitution.

Chaque établissement de crédits détermine ses taux de crédits en calculant le prix de revient de sa ressource financière à laquelle il ajoute un taux de marge.

Le calcul de ce prix de revient est obtenu à partir d’éléments financiers et comptables tous parfaitement identifiés où le taux OAT n’intervient jamais ! :

Le prix auquel les banques achètent l’argent qu’elles prêtent

Le prix de l’argent payé par une banque pour constituer sa ressource de financement du crédit est constitué de :

  • La rémunération des déposants privés. Celle-ci est librement négociée et actuellement elle est en moyenne inférieure à 1%
  • La rémunération des comptes sur livret administrée par l’Etat (Exemple 1% depuis août 2014 pour le livret A)
  • La rémunération des refinancements à la BCE (0.05% depuis le 10 septembre 2014)
  • La rémunération des prêts interbancaires d’une semaine à un an. C’est le taux EURIBOR actuellement de l’ordre de 0,16%.

 

Le coût du risque

Chaque établissement à ses propres critères. Les banques françaises sont parmi les plus sécuritaires avec un taux de risque inférieur à 2%.

Le coût de transformation du crédit

C’est l’ensemble des coûts administratifs, commerciaux et comptables engagés pour vendre les crédits, les mettre en place et les gérer. Ce poste est directement lié à la politique de développement et de fonctionnement de la banque (immobilisations, locations, salaires et charges, assurances etc…) Pour cette classe de coût à périmètre constant, c’est toujours l’inflation qui régule.

C’est indiscutable : l’OAT n’est ni une composante, ni une ressource prise en compte pour le financement bancaire des entreprises et des ménages.

Pour conforter ces explications, je rappelle qu’une OAT est un titre de créance sur l’Etat et que le taux OAT est le taux de rendement d’un prêt fait par un investisseur à l’Etat…

En France, plus de 67 % des OAT sont détenues par des investisseurs étrangers.

Les 23 % restants sont détenus par des résidents français (compagnies d’assurance, investisseurs privés et banques). Les OAT sont mises sur le marché par l’Agence France Trésor (AFT) par voie d’adjudication.

 

Par Pascal Beuvelet, Président d’In&Fi Crédits