Les nouveaux visages du crédit à la consommation

Avec la crise économique et l’impact de la réforme de la Loi Lagarde, le crédit à la consommation a évolué. Aujourd’hui, malgré la précarité de l’emploi, CDD et Intérimaires peuvent bénéficier de nombreuses offres dédiées proposées par les banques pour les personnes habituellement exclues du crédit à la consommation.

Rappelons que 20% à 30% des consommateurs n’ont pas accès au crédit à la consommation. La précarisation croissante du marché de l’emploi (+ de 83% des embauches sont réalisées en CDD dans les entreprises de plus de 10 salariés) incite les acteurs du « crédit conso » à adapter leurs offres de manière à toucher également cette part importante de clientèle.

De nouvelles offres dédiées aux contrats courts

C’est le cas de la Banque Populaire qui proposera, dès le mois de février 2014, une offre spécifique. Comme l’explique César Lengellé, responsable de l’offre crédit pour les Banques Populaires : « Nous allons élargir nos critères d’éligibilité… Concrètement, nous allons modifier notre moteur de score : nos conseillers pourront saisir la période travaillée d’une personne en CDD ou en intérim. Cela va nous permettre de calculer ses droits au chômage et ses revenus à venir. Le risque est donc maîtrisé et le taux du crédit pas plus coûteux que pour un client en CDI. » . Jean-Philippe Van Poperinghe, directeur Marché des particuliers grand public pour les Banques Populaires, détaille pourquoi ce changement de paramètres signale un profond changement : « Certains de nos collaborateurs pouvaient s’autocensurer pour une demande de prêt personnel d’un jeune de moins de 30 ans en CDD. Ainsi, le taux d’acceptation global à une demande de crédit atteint 75%, mais chez les 18-28 ans, il tombe à 62% ».

Cetelem avait déjà ouvert la voie, il y a deux ans, avec son « prêt aux CDD ». Une offre spécifique mais dont le taux avoisinait les 8,9%, soit 200 à 250 points de base au-dessus du taux appliqué dans le cas des souscripteurs titulaires de CDI. Isabelle Chevelard, directrice de BNP Paribas Personal Finance France (Cetelem), précise « qu’il était responsable de donner accès à une offre de crédit aux personnes en CDD, notamment les jeunes. Pour autant, cette production reste marginale : elle concerne environ 6.000 prêts en 2013, pour un montant de 25 millions d’euros. Nous constatons que les jeunes s’autolimitent car culturellement, un jeune en CDD n’est pas habitué à solliciter un crédit ». Par ailleurs, malgré le refus d’un dossier complet sur deux, Cetelem a également constaté un coût du risque supérieur de 30% chez les clients en CDD, par rapport aux CDI.

Des établissements pionniers tels que La Banque Postale ou Franfinance avaient déjà tenté des initiatives à plus faible échelle. Par exemple, dès 2003, la filiale de crédit à la consommation de la Société Générale établissait un partenariat avec le fond d’action sociale du travail intérimaire (Fastt). L’association sélectionne des jeunes en mission d’intérim ayant travaillé plus de 600 heures au cours des douze derniers mois afin de présenter leurs dossiers pour des prêts « auto » ou « installation ». Ce partenariat permet à Franfinance de mieux contrôler les risques et de proposer des taux réduits (4,5% pour un prêt-auto). De même, BNP Paribas a noué un partenariat avec Adecco pour offrir le financement de certains projets de leurs intérimaires.

Quoiqu’il en soit, la promotion de crédits aux jeunes précaires est un phénomène nouveau. Certains établissements vont même plus loin encore comme Cetelem qui proposera, dès février prochain, un service gratuit d’aide au retour à l’emploi pour ses clients en CDD.